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Port Louis, capitale trépidante, est une véritable ruche où se côtoient grand business et petit commerce. L’intense brassage ethnique de cette petite ville, enclavée entre mer et montagne, lui donne ses couleurs et ses humeurs, ses nuances et sa force.
 
C’est en hommage au roi Louis XV, au nom duquel le capitaine Dufresne d’Arsel prit possession de l’île Maurice au début du XVIIIe siècle, que "Port-Nord-Ouest" prit plus tard le nom de "Port Louis". Mais c’est bien grâce à Mahé de La Bourdonnais, gouverneur de l’île de France (ancien nom de l’île Maurice) - et dont la statue trône à l’entrée de la Place d’Arme - que la ville prit son véritable essor, tant au niveau architectural qu’économique. Son port fut construit sur une étendue marécageuse et devint une grande base navale pour la flotte française.

Aujourd’hui la ville compte environ 150’000  habitants et grâce à sa zone franche, elle est devenue un véritable paradis fiscal. Chaque jour plus de 100’000 personnes investissent ses commerces, ses banques et ses entreprises. Mais malgré des embouteillages quotidiens brassant pollution, humidité et chaleur, cette petite ville ne manque pas de charme. Est-ce parce que le passé y est encore presque palpable? Les anciennes bâtisses de pierre basaltique et les petites maisons de bois ont regardé, méfiantes, se construire les premiers buildings. Bon an mal an, le passé et le présent se côtoient sans vraiment se fondre.

Dans la ville, on est assailli par l’intense activité qui y règne; le long des boulevards, dans les rues, on croise des mobylettes surchargées comme de petits ânes, de vieux tacots pétaradants, des bus qui crachent leur fumée nauséabonde. Femmes habillées à la dernière mode ou en sari traditionnel, musulmanes voilées, hommes, enfants, chiens et chats errants, déambulent jusque dans les ruelles étroites où l’on doit parfois jouer du coude pour se frayer un passage. On pourrait en être étourdi tant la foule est dense et la chaleur intense. Le soleil brunit encore davantage les peaux foncées et moites, des auréoles translucides apparaissent sur les tissus blancs ou chamarrés.
 
Face au port, le quartier des affaires s'est développé avec ses bureaux, ses banques, et le Caudan Waterfront, grand complexe touristique et commercial, comprenant trois bâtiments dont un hôtel de luxe. Cette réussite architecturale nous prouve que l’on peut échapper au joug du modernisme bétonné! Ses boutiques, ses bars et restaurants, son étonnant casino dont l’entrée et la structure intérieure représente un bateau pirate, accueillent hommes d’affaires, stars du "Bollywood" (le Hollywood Indien), touristes, ainsi que toute une jeunesse mauricienne soumise au dictat de la mode branchée (portables, vêtements et chaussures de marques…) qui vient y errer, désoeuvrée. Au bout de la Place d’Armes, bordée de magnifiques palmiers royaux, se dresse l’Hôtel du Gouvernement de style colonial français. La statue de la Reine Victoria, l’oeil sévère, rappelle à tout un chacun que l’île Maurice a été gouvernée par la Grande-Bretagne de 1810 à 1968.
 
On ne visite pas Port Louis, on doit accepter de s’y perdre! D’ailleurs les ruelles s’en amusent déjà, l’une change de nom à mi-parcours, une autre a été récemment rebaptisée par simple caprice politique, et en voici d’autres qui s’ingénient même à jouer de l’anglais et du français, usant des "Street" et des "Rue", selon leur bon vouloir!

Le vaste marché, dit le "Bazar", construit en 1828, est situé entre la rue Farquar et Queen street. Malgré de nombreux incendies, tel le phénix il renaîtra toujours de ses cendres. Dès cinq heures et demie du matin, il ouvre ses portes; nous pénétrons alors dans un monde riche en couleurs, en parfums, et nous avons la sensation de partir pour un véritable voyage culinaire à travers l’Orient, l’Asie ou l’Afrique… En effet, on se retrouve soudain au milieu d’un véritable essaim de visages hâlés, penchés au-dessus des étals pour tâter, évaluer, marchander. Les commerçants tentent de capter notre regard et de nous interpeller pour vanter la fraîcheur d’un poisson ou d’une viande, posée parfois à même la pierre, ou pour nous convaincre des vertus d’une tisane ou d’une plante médicinale. Le marché se poursuit derrière la rue Farquar. Là, s'entassent des pyramides de potirons, chouchous, limons, pommes d’amour (tomates) et des amoncellements de bananes, noix de coco, mangues, papayes, litchis. Ensoleillés et goûteux, ils appellent une caresse furtive, et on penche discrètement la tête pour humer les exhalaisons sucrées et en imaginer la saveur… Sur un étal le parfum acidulé de la citronnelle se mêle à celui épicé de la feuille de coriandre, du caripoulé (laurier local) et du gingembre. Puis dénoués, les sacs d’épices, tels des bourses de pièces d’or nous dévoilent, lumineux et odorants: piment, curry, cumin, cardamome, curcuma, diversement colorés comme autant de pigments dignes de rejoindre l’huile puis la palette des plus grands maîtres! Les sacs de céréales ou de grains secs et les poissons salés étalés comme de longues semelles débordent  jusque sur le trottoir. Un peu plus loin, l’encens indien embaume les tapis malgaches, les paréos flirtent avec les saris et tee-shirts "made in Maurice", les tam-tams africains scandent le séga créole. Et bien sûr voici les immanquables souvenirs touristiques, comme les paniers, sculptures, masques, maquettes de bateaux, bijoux, qu’il faudra savoir marchander! Soudain nos sens sont mis à l’épreuve par les délicieuses effluves parfumées et épicées des samoussas (feuilletés frits), des gateaux-piments, des dholl-puris (galettes accompagnées d’une sauce au cari), des mines frits (nouilles chinoises frites avec des légumes, du poulet, des crevettes, des oeufs et des épices) ou du biryani (riz, épices, légumes avec viande ou poisson) que nous proposent les marchands ambulants.

Perpendiculaire au Bazar, la rue de la Corderie regorge de boutiques de tissus avec ses monceaux d’étoffes cotonneuses ou soyeuses aux imprimés joyeux, tendues, pliées, empilées, ondulant jusqu’au  sol. On voudrait y plonger les mains comme dans le remous des vagues! Quelques ruelles plus loin, apparaissent enfin les petites échoppes chinoises aux murs colorés et aux balcons fleuris, leur bric à brac d’ustensiles en fer-blanc recouvrant les murs comme une décoration d’art brut. Les marchands au sourire énigmatique sauront nous attirer au fond de leur boutique, pour nous proposer leurs mille et un remèdes ancestraux, homéopathiques, aphrodisiaques, magiques...

Au milieu du quartier chinois, jaillit une mosquée construite au XIXe siècle, avec ses épais murs blancs, ses volets verts, ses tourelles mystérieuses et son imposante porte sculptée s’ouvrant, puis se refermant, sur la prière et la foi. Au détour d’une rue on aura soudain la surprise de tomber sur une maison créole et son petit jardin tropical, abritant, manguiers, papayers, hibiscus et bougainvillées ou bien encore sur un temple, une pagode au toit rouge, une église, témoignant de l’importance des croyances qui, côte à côte, se respectent en silence. Et puis, excentré, le quartier musulman, appelé "Plaine Verte".

La présence de cette population multiraciale résume toute l’histoire de la colonisation, du trafic d’esclaves et de l’immigration des "hommes libres" (venus volontairement chercher du travail). En flânant dans Port Louis, devant la beauté de quelques vieilles demeures restaurées, on regrettera d’autant plus la disparition de la majorité des anciennes maisons, de bois ou de pierres apparentes, au profit de petits immeubles qui ne demandent qu’à se reproduire… Dans la rue Pope Hennessy (et aussi dans les rues St-Louis et St-Georges) on peut admirer les anciennes demeures coloniales ainsi qu’une étonnante maison chinoise, "taguée" d’idéogrammes jaunes et rouges!

Sur les hauteurs, le Fort Adélaïde (La Citadelle) offre un vaste panorama sur Port Louis et sa rade. Puis on arrive immanquablement au Champ-de-Mars conçut par les Français en 1740 pour leurs manoeuvres militaires, mais servant depuis 1812 d’hippodrome, et où l’on se retrouve en famille les samedis (de juin à novembre) pour y parier ou tout simplement y passer un bon moment à suivre les courses de chevaux.
 
En revenant vers le port, on se reposera quelques instants dans le Jardin de la Compagnie où viennent grignoter à midi les travailleurs à l’ombre apaisante des gigantesques banians, arbres sacrés, pareils dit-on, à celui sous lequel Bouddha connut l’illumination. Juste à côté, on profitera de visiter le musée d'Histoire naturelle (Mauritius Institute) qui abrite un moulage du fameux "dodo", gros oiseau aux ailes désespérément  trop courtes pour qu’il puisse voler et qui disparut à la fin du XVIIe siècle.

La ville de Port Louis est riche d’un passé qui aujourd’hui flirte avec le futur. Espérons qu’elle n’en sera pas défigurée, seulement "arrangée" comme la chevelure d’une jolie fille. Dépêchons-nous toutefois de parcourir ses ruelles pour découvrir ses dernières maisonnettes de bois que lorgnent du ciel de hautes tours de verre

Texte: © Valérie Claro   •   Photos: © Fabrice Bettex / Mysterra




 
Photo île Maurice - Port Louis

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Photo île Maurice - Port Louis

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