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Depuis des millénaires, la mer et ses abysses alimentent l’imaginaire des hommes. Mer mythologique, royaume de Neptune, elle est le refuge privilégié des sirènes, poulpes géants et autres créatures fantasmagoriques. Mais si elle abrite dieux et monstres fabuleux, elle recèle aussi des trésors séculaires, enfouis dans le ventre des navires abîmés.

Mer cimetière, elle est le repos des vaisseaux de guerre, des chalutiers et des navires marchands, sabordés, brûlés, lors d’une bataille ou d’un pillage organisé par une bande de corsaires ou de pirates, éventrés contre les meurtriers récifs de corail affleurant à la surface des eaux, ou encore pris dans la violence des tempêtes et du naufrage inéluctable.


A la recherche des trésors engloutis...

Autrefois, lorsqu’une tempête tropicale faisait rage dans l’Océan Indien, l’île Maurice attirait les navires en détresse à la recherche d’un abri.. Désespérés, ceux-ci venaient souvent s’écraser sur les récifs acérés. Une des premières catastrophes maritimes survint en 1615 lors d’un violent cyclone: plusieurs bateaux de la flotte commandée par l’amiral hollandais Pieter Both firent nauvrage. Parmi eux, le “Banda”, navire de l’amiral, coula au large de Flic en Flac après avoir vainement tenté de s’abriter dans la Baie de Rivière Noire. Both et un grand nombre de ses matelots furent noyés. C’était le début d’une longue série, plus de 100 naufrages furent recensés sur les côtes de Maurice. La chasse aux hypothétiques trésors engloutis pouvait commencer!

Tout comme les “urinatores”, plongeurs romains qui descendaient en apnée à la recherche des cargaisons disparues, l’homme, archéologue des mers ou chasseur de trésor, pénétrera à son tour dans ce royaume sous-marin, ce “plus grand musée du monde”, en quête d’un fabuleux trésor! Aujourd’hui, ceux qu’on appelle les aquanautes, vêtus d’une tenue de plongée adaptée, et armés d’une "suceuse" - long tuyau semblable à un tentacule géant - vont, grâce à celle-ci, creuser d’étroites tranchées pour délimiter les lieux, aspirer sable, vase, sédiments et fragments divers, et enfin dégager les objets enfouis et les plus gros débris, qui seront placés dans des filets métalliques et remontés à la surface. Certaines concrétions, une fois brisées, contiendront peut-être quelques pièces d’argent, ou tout simplement, des pièces…de gréement!

Ce trésor, constitué de lingots d’or, de diamants, de perles ou d’ivoire existe parfois bel et bien! Ce fut le cas dans de nombreux navires hollandais, anglais et français qui revenaient des Indes et qui transportaient à leur bord des coffres chargés d’épices mais aussi de pièces d’or et d'argent, de bijoux ou de porcelaines chinoises comme celles retrouvées lors de la découverte du “Banda” en 1979. Mais on découvrira aussi des objets moins précieux, plus prosaïques, pourtant tout aussi étonnants. Tels les bouteilles en verre, boulets, canons, caronades (petit canons), outils et petits objets ayant fait partie des effets personnels des équipages des frégates britanniques “Magicienne” et “Sirius”, coulées lors de la bataille navale de Grand-Port en 1810. Ou encore dans les débris du “Speaker”, navire pirate anglais qui coula en 1702, où l’on retrouva un cadran solaire, des compas et des pipes!

Le St-Géran, vaisseau de la compagnie des Indes s’abîma, lui, en 1744 au large de l’île d’Ambre, mais destinée plus heureuse, il fut immortalisé par la légende de Paul et Virginie (Bernardin de Saint-Pierre). On y retrouva la cloche de bord qui est maintenant exposée au musée naval de Mahébourg.

Lorsque l’épave, telle une gigantesque carcasse de baleine, recrache son "trésor de guerre" on y découvre des objets, mais aussi parfois des squelettes encore couverts de haillons… Terreur, drame du naufrage. Témoignage à la fois historique et humain d’un passé englouti. Ainsi, mers et océans font aussi parfois, office de mémoire.


Quand l’épave donne la vie...

Aujourd’hui certains bateaux, sont délibérément coulés, pour former des récifs artificiels. Cette technique, déjà pratiquée au XVIIIe siècle par les pêcheurs japonnais, permet de créer un nouvel écosystème et de faire de l’épave un lieu de pêche mais aussi de protection pour les espèces ainsi qu’une aire de ponte. L’utilisation de navires comme récifs artificiels exige une longue et minutieuse préparation. La future épave doit être vidée de son carburant, rigoureusement nettoyée, les cales étanches et la coque doivent être percées pour faciliter le sabordage.

Ainsi reposent, dans les eaux turquoise de Maurice, des épaves tel que le “Silver Star”, le “Stella Maru”, le "Jabeda" ou encore le “Hassen Mian” qui termina sa carrière dans la baie de Balaclava. La création de récifs artificiels à Maurice a débuté en 1981 avec l’immersion au large de Trou-aux-Biches de deux barges “Water Lily“ et “Emily”. Aujourd’hui 14 épaves ont été coulées le long de la côte ouest, ceci grâce au dynamisme de la “Société de Conservation Maritime de l’île Maurice”. La dernière en date est le “Hoi Siong”, navire de pêche, récemment coulé au large de l’île aux Bénitiers.

L’épave deviendra la “résidence” de toute une faune et une flore sous-marine. Cnidaires (corail, anémones de mer…), échinodermes (oursins, étoiles de mer…), céphalopodes (calmars, poulpes...) et crustacés (crevettes, crabes...), poissons, algues et herbiers investiront les lieux, à la fois constructeurs et destructeurs de ce nouvel habitat.

Plonger pour découvrir les mystères des épaves n’est pas sans danger. La puissance des courants, la violence des tempêtes, fragilisent l’épave. L’explosion du plancton vient troubler l’eau diminuant dangereusement la visibilité. Le clair-obscur s’installe… Et c’est alors qu’une vision apocalyptique s’offre à la vue des plongeurs. Sous le faisceau des lampes-torches apparaissent les flancs du navire boursouflés de rouille, des pans entiers arrachés par la fureur des vagues. Les pales d’une hélice émergent dangereusement du sable. Dans la pénombre des cales, peut-être effondrées, sous une passerelle affaissée, ou derrière une porte disloquée qui refuse de s‘ouvrir, que de dangers guettent les plongeurs! Un battement de palmes et un nuage de vase s’élève, dissimulant une planche du pont qui risque de céder à tout moment ou un dangereux poisson-pierre à l’affût d’une proie. Il faudra aux plongeurs faire preuve d’une grande prudence pour ne pas troubler le sommeil de l’épave, et risquer de réveiller la bête!


Transformation magique...

Il faudra près de quatre-vingt ans pour qu’un navire se métamorphose en véritable épave. Le corail s’y développe de façon spectaculaire, enveloppant pièces de gréement, tronçons de mâts décapités, travers, proue et poupe du bateau sous un manteau de calcaire vivant. Des colonies de coquillages font ventouses sur la carène, des mollusques dévoreurs de bois donnent l’assaut! Le remous des vagues finit d’écarteler le navire gorgé d’eau et de sel. Tandis que les poissons-perroquets se précipitent, gourmands, sur le corail.

Mais le calme revient, poissons-chirurgiens, poissons-papillons aux couleurs chatoyantes, rascasses volantes et bancs de poissons-chèvres entament une valse autour de l’épave assoupie. Une pieuvre trouve un abri au creux de la coque et veille sur ses oeufs, un mérou se dissimule dans l’encadrement d’une porte d’acier. Des pneus abandonnés dans une cale accueillent une murène alors que des chapelets de bulles s’égrainent jusqu’à la surface des eaux. Les algues dansent langoureusement autour de l’épave...

L’épave, qui, ventre et flans rongés, colonisée par toute une vie benthique, décharnée et pétrifiée sous le corail, reste pourtant fascinante! Elle nous offrira une séduction nouvelle, satisfaisant notre vision esthétique, et notre imaginaire. Elle excitera notre curiosité et stimulera notre âme d’enfant ou de poète, qui sait entrevoir la vie en l’objet inanimé… Archéologues des mers, photographes et plongeurs, mais aussi hélas parfois pilleurs d’épaves, cherchent tous, inlassablement à découvrir le secret des bateaux engloutis. Le ventre de la mer, territoire de la vie aquatique ou cimetière vivant, spot de plongée, ou lieu de pêche, recèlera à tout jamais d’innombrables mystères.. Et entre les flancs fantômes de l’épave, restera enfoui le plus précieux des trésors, celui, de la mémoire des hommes.

Mais dans le grand silence des profondeurs, parfois, qui sait, les épaves parlent-elles avec les hommes ?

Texte: © Valérie Claro   •   Photos: © Fabrice Bettex / Mysterra



  Voir le livre "Les fonds marins de l'île Maurice et de Rodrigues"



 
Photo île Maurice

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Photo île Maurice - Epave

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Photo île Maurice - Musée

Photo sous-marine île Maurice - Epave

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